Sicile, Dionysios Ier, Décadrachme
405-390 av. J-C. - Syracuse - Œuvre non signée
Vendue
Aurige tenant un kentron dans sa main droite tendue et les rênes dans sa main gauche, conduisant un quadrige galopant à gauche ; au-dessus, Nike volant à droite, couronnant l'aurige d'une couronne végétale tenue dans ses mains tendues ; sous la ligne d'exergue, un équipement militaire, un bouclier, des jambières, une cuirasse et un casque attique à crête, le tout relié par une lance horizontale ; [AΘΛA en dessous].
Tête d'Aréthuse à gauche, portant une couronne d'épis, une boucle d'oreille à triple pendant et un collier de perles ; ΣY-P-A-K-OΣIΩN au-dessus entre ses mèches, une pastille sous le menton, une coquille Saint-Jacques derrière le cou, quatre dauphins nageant dans le sens horaire autour d'elle.
Œuvre non signée aux matrices de coins dans le style d'Évainètes. Frappé vers 405-390 av. J.-C., durant le règne de Dionysios Ier, dit Denys l'Ancien (405-367 av. J.-C.), tyran de Syracuse. Chefs-d’œuvre de la numismatique grecque de l'Antiquité, les décadrachmes font parties des monnaies les plus prisées et appréciées de la Grèce Antique. Leur aspect, avec leurs flans très larges et leur masse très importante, tout comme leurs gravures exceptionnelles, les élèvent au rang d’œuvres d'art que leurs auteurs signaient. Les plus célèbres graveurs syracusains sont Kimon et Évainètes, qui officièrent durant le règne de Denys l'Ancien, ainsi que leurs élèves et successeurs qui surent appréhender, maitriser et reproduire leur style avec une grande virtuosité. C'est le style d'Évainètes qui fut utilisé pour les gravures de cette monnaie, reconnaissable à la couronne d'épis et aux cheveux laissés libres, sans filet pour les tenir. La subtilité du portrait en opposition avec la vivacité du quadrige est remarquable. Le portrait d'Aréthuse a un visage aux traits inspirant le calme et la sérénité, quelques mèches de cheveux ressortant de la coiffure comme flottant légèrement au vent. Quant au quadrige, il évoque la fougue, presque aucun des sabots des chevaux ne touchent le sol, renforçant la sensation d'impétuosité de l'attelage. Ce détail rend réaliste cette sensation de mouvement, de même que les têtes des chevaux non parallèles, donnant l'impression que le graveur a capturé un instant de leur agitation pendant leur course. Ces graveurs officièrent peut-être à partir de 405 av. J.C., sinon 400 av. J.C., et leur style perdure jusqu'à la fin du règne du tyran, par eux ou leurs élèves. Cela coïncide avec les transformations politiques voulues par Denys à Syracuse dès sa prise de pouvoir. Il conclut notamment une trêve avec Carthage et se fit voter les pleins pouvoirs de la cité en tant que stratège unique, faisant destituer ses collègues. Celle-ci va lui permettre de grandement renforcer les défenses de la cité et ses poliorcètes (stratèges spécialisés en siège) furent mis à contribution pour développer ou améliorer de puissantes armes de jets à cet effet. Il fit aussi renforcer l'armée ainsi que les fortifications de la cité en érigeant une muraille tout autour de plus de 27km. L'importance de ces travaux engendra de nombreux coûts et il est possible que les frappes des décadrachmes furent lancées notamment pour les financer. En effet, ces monnaies représentaient une somme considérable et permettaient d'effectuer des paiements d'importance pour palier aux dépenses considérables de ces grandes édifications. Les types pourraient rappeler la victoire totale des Syracusains en 413 av. J.C., alliés de Sparte, contre l'expédition militaire athénienne en Sicile qui avait débuté deux ans avant. En effet, bien que se trouvant hors-champ, on devrait retrouver sur ces monnaies, sous les trophées militaires de l'exergue, le mot "AΘΛA" (Athla). Celui-ci se rapportant au lexique de la lutte et du combat, il renvoie ainsi à l'écrasement des forces d'Athènes et la capture de leurs armes pour en faire des trophées, une tradition de cette période pour afficher les armes des vaincus lors des victoires. Les armes, sans doute athéniennes, sont représentées par le casque attique et le grand bouclier rond (l'hoplon) des hoplites, ces soldats d'élites lourdement armés et organisés en phalange, corps principal des armées grecques dont la lance, l'une des armes principales, est également représentée. Si les contemporains de ces frappes n'avaient aucun mal à déchiffrer le discours iconographique de ces superbes monnaies, il est plus difficile de s'approprier aujourd'hui le discours implicite de ces représentations. Mais en retraçant les événements touchant la cité et en s'interrogeant sur les types monétaires qui suivent, il reste possible d’interpréter ceux-ci et ainsi pouvoir apprécier toute la beauté de la gravure et leur signification. Cette monnaie présente un flan bien frappé et très épais, une orientation à 5h. Le portrait d'Aréthuse au revers est bien complet, avec une cassure de coin à l'arrière de la tête et un léger tréflage. On perçoit les lettres de l'ethnique entre ses cheveux mais le flan reste assez court, ne laissant qu'un seul dauphin complètement visible et seulement le dos d'un second directement sous le cou, tous les autres étant hors-champ. Au droit, le bouclier situé tout à gauche de l'exergue est également hors-champ. Cependant, les gravures du quadrige et de la Nike sont très bien centrés. Étant la face présentant le plus régulièrement des cassures de coins sur les exemplaires connus, on observe un aspect rugueux dans le champ ainsi qu'une cassure sur l'aile de Nike, indiquant ce début d'usure de la matrice. Pour la face avec Aréthuse, nous avons ici l'un des coins de revers (F.IXa) les plus rares. Cette variété au point sous le menton et à la coquille était connue sur six exemplaires lorsque A. Gallatin rédigea son ouvrage en 1930. Parmi les trois coins de droit qui lui sont associés et retrouvés par l'auteur, nous avons sur ce décadrachme le coin de droit R.XXI. Seuls trois exemplaires ont été référencés pour cette combinaison, chacun dans une collection publique, au Münzkabinett de Berlin, à Palerme et à Naples (5117). Nous notons également l'exemplaire de la collection Delepierre dont il ne semblait pas avoir connaissance, au revers identique mais une association de coin de droit qu'il n'avait pas répertoriée. Nous avons donc ici une monnaie d'une grande rareté. Les décadrachmes à la Saint-Jacques sont un groupe assez restreint lorsqu'on observe la population retrouvée par Gallatin et limité dans le temps, faisant de ces décadrachmes des exemplaires aujourd'hui assez rares et très recherchés par les collectionneurs. Ils le sont d'autant plus, d'une part pour leur aspect, leur forme et leur taille qui en font des monnaies remarquables, et d'autre part pour la symbolique des gravures, et parfois pour leurs variétés rares. Gallatin, dies R.XXI/F.IXa ; R. Scavino 56 (D18/R26a) ; HGC 2, 1299 ; BMC Sicily 179-180 (même droit) ; Naville XII, 955-956 (même droit) ; Virzi Collection (J. Hirsch XXXII, 14 Novembre 1912), 327 (même revers) ; Delepierre 685 (même revers); SNG Blackburn 187 (même revers) ; SNG ANS 374 (même revers) ; Rizzo Pl. LIV, 2 - 3 (sans point) ; Pozzi 1274 (Coll.) & 617 (Vente) (sans point). Ex Schweizerische Bankverein (Banque Suisse), Auktion 17, Bâle, Suisse, 27 Janvier 1987, lot 15 & Ex Sabine Bourget, 20 Mars 1994, lot 11. Collection Faune d'Argent.
ΣYPAKOΣIΩN
43.29 gr
De l’argent
L’argent peut se glisser dans la poche mais également entre le cuivre et l’or dans le groupe 11 de la classification périodique. Trois métaux fréquemment utilisés pour la frappe de monnaie. Deux raisons à cela pour l’argent : c’est un métal précieux et il s’oxyde peu à l’air. Deux avantages non négligeables.
Voici un métal qui ne manque pas d’air, donc.
Son nom en français nous vient du mot Argyros (Ἀργυρός), argent en grec ancien. L’argent est d’aspect blanc et brillant et, pour ajouter un peu d’ésotérisme ou de polythéisme à l’affaire, il est traditionnellement dédié à la lune ou à la déesse Artémis (Diane chez les romains).
En tant que métal précieux, au même titre que l’or, l’argent est utilisé pour la frappe de monnaies à valeur intrinsèque, c'est-à-dire dont la valeur est constituée par le métal dont elles sont faites. Il est à noter qu’on adjoint fréquemment à l’argent, au naturel trop malléable (on ne peut posséder toutes les qualités) et qui s’userait donc trop rapidement, de petites quantités de métaux autres qui viennent le durcir.
Les premières monnaies en argent remontent probablement à la fin du VIIe av. J.-C. sur l'île d'Égine. Ces oboles sont reconnaissables grâce à la tortue figurant sur l’avers.
La patine de l’argent va du gris au noir.
Le titre (ou aloi) au millième d’une monnaie vous indiquera la proportion exacte (en pour mille) d’argent entrant dans sa composition. On parle ainsi par exemple d’argent à 999‰, soit 999 parts d’argent pour 1 part d’autres métaux. Cette mesure est importante pour les monnaies d’investissement comme les bullions. En France, jusqu’en 1995, cette mesure s’énonçait en carat.
Une qualité "TTB+"
Car en numismatique, l’état de conservation d’un article se doit d’être soigneusement évalué avant d’être proposé au collectionneur avisé à l'œil aiguisé.
Et au-delà de ce sigle de prime abord obscur, en trois mots, l’état de conservation est ici clairement énoncé :
Très Très Beau
Ce qui signifie - plus prosaïquement - que la pièce de monnaie a bien circulé de mains en mains et de poches en poches, mais que l’impact sur son usure reste limité : type et légendes sont parfaitement lisibles et le relief de la gravure est quant à lui clairement visible. A l'œil nu, on peut constater des traces de rayures ou de chocs.
Mais pourquoi ce plus accolé à cette double beauté nous direz-vous ?
Ce petit “plus” indique qu’il s’en est fallu de peu pour que l’article de collection ici présent n’accède à un rang supérieur de qualité lors de l’évaluation réalisée par nos experts. Un Très Très Bel article quasiment SUPerbe, donc…
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